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CARNET

HYGIÈNE ET BEAUTÉ EN ARCHITECTURE DE L’ÉPOQUE MODERNE AU XIXe SIÈCLE


 

            La présentation de ces trois dossiers de notes accompagnés d’une sélection d’illustrations (Les icônes de Louis Bruyère ; l’hygiène hospitalière ; le lycée Lakanal) est tirée d’une communication intitulée « The rise of hygienic icons in Parisian urban architecture (1769-1900) ». J’ai présenté cette communication au panel « Paris, capital of Hygiene ? », que j’ai co-dirigé le 23 juillet 2013 avec Peter Soppelsa (historien des sciences, spécialiste d’histoire de Paris, université d’Oklahoma), au 24ème Congrès d’histoire des sciences, de la technologie et de la médecine organisé à l’université de Manchester (22 -28 juillet 2013).

              Dans cette communication, je me suis intéressée à une période comprise entre le début du XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle, et j’ai cherché à montrer qu’une relation d’émulation s’est construite entre les nouvelles valeurs de l’hygiène (et celles de la médecine), et la conception de la beauté architecturale. La réflexion menée sur le programme de certains édifices et projets urbains à vocation  utilitaire, pendant le XVIIIe siècle, allait déjà dans le sens d’une épuration du langage classique, comme on le voit par exemple dans le Grenier d’abondance, à Lyon, construit par Claude Bertaud de la Vaure (1722-1728), qui se distingue par sa monumentalité et sa sobriété. L’évolution des conceptions médicales invita les architectes à approfondir des typologies, comme le fit Jacques Gondouin avec l’amphithéâtre d’anatomie de la nouvelle École de Chirurgie (1769), considéré comme un chef-d’œuvre. En 1772, le projet de Germain Boffrand pour les Halles de Paris (publié dans Pierre Patte, Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV) associait l’utilisation de la forme de la Place Royale, dotée traditionnellement d’une fonction symbolique de représentation du pouvoir, et une fonction utilitaire, pour proposer un marché assaini, organisé dans l’espace par trois places en enfilade.

Pendant le XIXe siècle, cette relation naissante entre l’hygiène et l’esthétique architecturale, qui allait dans le sens d’une plus grande simplicité, s’amplifia et se systématisa. Elle se concentra dans des catégories d’édifices disparates, mais dont la mission impliquait qu’ils accueillent un public nombreux. Les casernes, les prisons, les marchés, les écoles, connurent une véritable révolution esthétique sous l’effet des valeurs de l’hygiène. Il faut y ajouter les hôpitaux, qui en plus de recevoir un public nombreux, avaient une fonction de soin. C’est pourquoi, dès le XVIIIe siècle, une nouvelle typologie - venue d’Angleterre - avait été conçue pour eux, la construction pavillonnaire. Véritable théorie médico-architecturale, liée aux croyances de l’époque sur les mécanismes de la contagion, elle consistait à répartir l’équipement hospitalier en plusieurs constructions de faible hauteur, sur une emprise vaste et aérée. Les théâtres furent l’objet de préoccupations d’hygiène grandissantes, à la fin du XIXe siècle, liées à la crainte des incendies, à l’amélioration de la sécurité des installations et à la nécessité de penser l’espace en intégrant des dispositifs d’évacuation.    

Les notes de ce Carnet sont dédiées aux relations entre hygiène et beauté. Le premier dossier présente les projets de Louis Bruyère (1758-1831), directeur des travaux à la préfecture de la Seine de 1811 à 1820, qui révolutionna l’esthétique architecturale des greniers de stockage et des marchés, et créa celle des abattoirs. Malheureusement, de rares vestiges demeurent aujourd’hui de cette œuvre, inspirée par le classicisme et la Renaissance. Le deuxième dossier est consacré à l’hôpital Lariboisière et au nouvel Hôtel-Dieu, construits respectivement par Martin-Pierre Gauthier, et par Jacques Émile Gilbert et son gendre Arthur Diet. Le premier projet commença pendant la Monarchie de Juillet, le deuxième, voulu par Napoléon III, en 1865. La pertinence du modèle pavillonnaire était déjà en ballottage, à cette époque, sous l’effet de l’évolution des connaissances sur les mécanismes de la contagion. Le troisième dossier concerne le lycée Lakanal, à Sceaux (1882-1885), construit par Anatole de Baudot dans une architecture polychrome en briques. Cette œuvre fut reconnue comme un chef-d’œuvre, non seulement par la crique architecturale, mais aussi par la communauté médicale investie dans les questions d’hygiène.  

 

Les icônes de Louis Bruyère

Greniers, halles et marchés pour les Parisiens (1811-1828)

          

                 Ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Louis Bruyère (1758-1831) commença sa carrière pendant l’Ancien Régime. À partir de 1784, il travailla à des ouvrages d’art importants, notamment à la conception de plusieurs ponts pour la ville de Lyon. À partir du régime du Consulat, il eut un rôle dans certains projets d’aménagement liés à l’hygiène à Paris, et notamment dans le dossier de la dérivation de l’Ourcq, dont les travaux furent confiés à Pierre-Simon Girard (1765-1836). Au début du régime du Premier Empire, il fut envoyé en mission à Milan, capitale de la République cisalpine fondée par Napoléon, pour concevoir des projets d’aménagement maritime, sur les bouches du Pô et sur les côtes de l’Adriatique. Après son retour à Paris, Bruyère, membre du conseil général des Ponts-et-Chaussées, se vit reconnaître un rôle croissant pour influer sur les grands projets d’ouvrages publics menés par le régime impérial : voies de communication, construction de ponts, aménagement des voies navigables.

                En 1811, le comte Jean-Pierre Bachasson de Montalivet (1766-1823), Ministre de l’Intérieur, fit créer à la préfecture du département de la Seine une direction des travaux, qu’il confia à Louis Bruyère. Celui-ci occupa cette fonction jusqu’en 1820, le régime de la Restauration l’y ayant maintenu. Dans cette position, il fit édifier de nombreux bâtiments publics. Parmi ceux-ci, il supervisa la construction d’une nouvelle coupole en fonte (par l’architecte Bélanger et l’ingénieur Brunet) pour la célèbre Halle aux grains (anciennement appelée halle au blé, magnifique édifice circulaire construit en 1763-1767 par Nicolas Le Camus de Mézières) (Ill.1). Il suspendit la construction en cours d’une nouvelle halle aux grains, monumentale, en raison de vices de conception, et reprit en main ce chantier. Il élabora de nouvelles typologies pour les petits marchés parisiens, dont la construction était souhaitée par l’Empereur lui-même, et pour les abattoirs. Ces derniers étaient un équipement complètement nouveau à concevoir. Le but poursuivi, pour des raisons d’hygiène, était de faire cesser les tueries d’animaux pratiquées chez les particuliers, au centre de Paris, et de placer cette activité au pourtour de la ville, en offrant aux bouchers un équipement mutualisé. Quant aux marchés, il fallait trouver les voies et moyens de construire des équipements intégrant des préoccupations d’hygiène, ce qui poussait à rechercher des solutions spatiales rationnelles pour déployer et vendre les denrées.  

                Bruyère publia ses travaux, ainsi que les typologies anciennes qu’il avait trouvées pertinentes, dans le tome premier de ses Études relatives à l’art des constructions, publiées entre 1823 et 1828. Le langage classique est très présent dans ses modèles, comme on le voit par l’exemple de l’ancien Grenier d’abondance de Lyon, construit par Claude Bertaud de la Vaure dans un style épuré, et où on voit apparaître une approche modulaire pour régir le plan des espaces de stockage (Ill. 2).Bruyère étudia aussil’architecture des marchés de Florence. Il s’imprégna de l’utilisation de l’architecture classique pour des édifices utilitaires, ce langage autorisant à la fois une élégance sobre (le portique), et la mise au point d’une trame modulaire.

Bruyère s’inspire de cette pensée classique rationaliste pour mettre au point ses nouvelles typologies. Dans son projet de grenier public (Ill. 3), il approfondit la démarche modulaire et il simplifie le langage inspiré par la Renaissance, n’en gardant que l’esprit, qui se traduit par la régularité de l’ensemble, l’arc en plein cintre de la porte principale, l’appareillage de pierres réservé au rez-de-chaussée du bâtiment. Dans la vue du marché Saint-Martin (Ill. 4), régi par le principe de symétrie, un langage classique épuré est mis au service de l’hygiène. Des grandes baies régulièrement disposées laissent entrer l’air et la lumière sur les quatre faces des deux bâtiments principaux. Le toit aménage une ouverture sommitale, dans la même visée d’aérer l’intérieur de l’édifice. L’implantation des travées, dans les édifices, a été pensée en fonction des dimensions des étals. Les bâtiments principaux sont dénués de toute ornementation. Le langage qui reste le plus en lien avec la tradition classique est réservé aux deux pavillons d’entrée à colonnades sur deux faces et à frontons sculptés, et à la fontaine décorative. Au marché des Blancs-Manteaux, la décoration de la fontaine est dans la continuité des allégories de l’abondance royale de l’époque moderne.

La symétrie régit, de même, l’organisation spatiale de l’abattoir du Roule (Ill.5), auquel on accède par une entrée entre deux pavillons à frontons, à rez-de-chaussée et un étage, percés de baies cintrées. Après ces pavillons, les édifices sont répartis en fonction du circuit d’abattage des animaux. Ceux-ci sont d’abord accueillis dans les bâtiments les plus petits. L’abattage proprement dit est réalisé dans les deux grands édifices séparés par une grande cour de travail. Le percement régulier des baies laisse visible la trame de l’édifice, qui est la cellule individuelle d’abattage des animaux, nommée échaudoir (Ill.6). Les matériaux choisis garantissent des conditions d’hygiène (la cour et les échaudoirs sont dallés avec des pierres de forte épaisseur dont les joints sont remplis avec du mastic de limaille, pour que les immondices ne puissent pas s’y introduire), et la possibilité de laver les surfaces à grande eau, grâce à la distribution de l’eau de l’Ourcq dans cet équipement.

                Le marché des Carmes, le marché Saint-Germain, le marché des Blancs-Manteaux, et le marché Saint-Martin furent construits selon la typologie de Bruyère, ainsi que l’abattoir du Roule, et ceux de Montmartre, de Ménilmontant, de Villejuif et de Grenelle. Les halles et marchés de Louis Bruyère devinrent des modèles diffusés et imités dans de nombreuses villes françaises.    

 

L’hygiène hospitalière

Le modèle pavillonnaire à l’hôpital Lariboisière (1846-1854) et dans le nouvel Hôtel-Dieu (1865-1877)

 

              La question de l’hygiène des édifices hospitaliers était déjà à l’ordre du jour en France à la fin de l’Ancien Régime. En effet, un hôpital construit en Angleterre pour accueillir les malades et les blessés pendant la guerre contre l’Espagne (en 1739), le Royal Navy Hospital de Plymouth, achevé en 1762, avait acquis la force d’un modèle typologique dans toute l’Europe. Occupant un vaste espace vert, cet ensemble comprenait des pavillons séparés bâtis sur les trois côtés d’un carré, une colonnade occupant le quatrième côté. Cette solution architecturale permettait de séparer les malades, selon les infections qu’ils présentaient, d’aérer les salles et de laisser entrer la lumière.

            Dès 1785, des architectes s’inspirèrent du modèle pavillonnaire de Plymouth pour proposer de reconstruire l’Hôtel-Dieu de Paris – un édifice dont la construction remontait au Moyen Âge, et qui avait souffert de plusieurs incendies – sur d’autres sites plus aérés. En 1787, le chirurgien Jacques Tenon, en mission d’étude en Angleterre, visita cet hôpital. En 1788, le rapport sur les hôpitaux de Paris qu’il remit à l’Académie des Sciences, entre autres propositions, préconisa de suivre le modèle du Royal Navy Hospital pour les nouveaux édifices hospitaliers : une distribution par pavillons parallèles de faible hauteur, pour favoriser l’isolement des malades et contribuer à stopper la propagation des maladies ; des salles de chirurgie séparées des salles de malades ; l’utilisation systématique du carrelage pour les sols, l’aménagement de lieux pour les commodités.

              À Paris, le modèle pavillonnaire fut utilisé pour la première fois dans la construction de l’hôpital Lariboisière (1846-1854), par Martin-Pierre Gauthier, ancien élève de Charles Percier, qui avait déjà construit selon ce modèle l’hospice de la Reconnaissance à Garches (1836). L’hôpital est composé de dix pavillons parallèles reliés par des galeries, disposés autour d’une cour rectangulaire (Ill.1). Six de ces pavillons, construits sur trois niveaux, séparés par des préaux, sont réservés aux malades, et les quatre autres, situés aux angles du quadrilatère, sont dédiés aux services communs (cuisine, buanderies, pharmacie, et à l’époque, le logement des religieux). Une chapelle est édifiée dans l’axe de l’entrée principale. La galerie du rez-de-chaussée est rythmée par des grandes baies cintrées, un entablement et une terrasse qui marquent l’horizontalité de la cour. Cette organisation spatiale met en valeur les six pavillons de malades.

             Le projet de reconstruire l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, fut lancé dès 1853, car le bâtiment hérité du Moyen Âge, plusieurs fois transformé, victime de plusieurs incendies au XVIIIe siècle, était dans un état désastreux. Le programme du nouvel Hôtel-Dieu fut établi par Henri Jean-Baptiste Davenne, premier directeur de l’Assistance Publique de Paris, créée par la loi du 10 janvier 1849. Davenne y intégra les préoccupations d’hygiène de l’époque et, notamment, préconisa des salles de malades bien aérées et ventilées. Il proposa de reconstruire l’édifice non pas du côté sud de la place du Parvis Notre-Dame – son emplacement historique – mais du côté nord. C’est en 1864, pendant le Second Empire, que fut prise la décision de reconstruire l’Hôtel-Dieu. Le régime impérial voyait en effet ce futur équipement comme un des symboles de sa politique sociale. Le projet fut critiqué par la Société de chirurgie de Paris et par certains médecins. L’un des arguments opposés au projet de l’administration impériale, consistait à dire qu’un grand hôpital moderne devait être reconstruit sur une vaste emprise, celle qui était prévue par l’Assistance Publique ne permettant pas d’offrir une offre consistante en nombre de lits tout en garantissant une architecture aérée. Mais le régime impérial tint bon dans la mise en œuvre du projet, confié à l’architecte Jacques Émile Gilbert, qui avait déjà construit l’hospice de Charenton (1838-1840), assisté de son gendre Arthur Diet. La construction souffrit de retards dus à des modifications du projet, des événements consécutifs à la chute du régime du Second Empire, de la guerre de 1870 et de la Commune de Paris, si bien qu’il ne fut inauguré qu’en 1877.

Deux dessins d’Arthur Diet (1873) montrent l’articulation d’ensemble du projet, côté quai Napoléon (Ill. 2 et 3). L’hôpital s’organise autour d’une cour rectangulaire, plus étroite qu’à Lariboisière. Elle est enserrée par des bâtiments à plusieurs étages autour desquels sont construits, perpendiculaires au quai Napoléon et parallèles entre eux, six pavillons de malades de faible hauteur (3 étages). Une église à coupole, dans l’axe central de la cour, domine l’ensemble. L’inspiration du style de la Renaissance se lit dans l’articulation de la façade, côté quai Napoléon, et dans les deux étages de galeries couvertes, sur la façade ceinturant la cour. Dans le projet réalisé, le dôme de l’église a disparu, et sa façade ouverte par une simple baie cintrée monumentale, est sommée d’un simple fronton (Ill.4). Côté rue d’Arcole, l’élégance sobre des pavillons est due à l’appareil de pierre, et aux vastes baies cintrées à ébrasement (Ill.5). Dans la cour intérieure, le modèle pavillonnaire sobre et rationnel, s’efface au profit du langage de la Renaissance (Ill.6 et 7). La cour est divisée en deux niveaux, séparés par une galerie à portique, ce qui met en valeur l’église. Du côté inférieur de la cour, côté Parvis Notre-Dame, une grande galerie à portique s’ouvre sur la cour, au rez-de-chaussée. Une deuxième galerie à arcs en plein cintre s’ouvre au deuxième étage. Ces deux galeries, dans l’esprit des loggias de la Renaissance, mais dénuées d’ornementation sculptée, contrastent avec la bande de fenêtres rectangulaires, au premier étage, et avec les dioclétiennes -ouvertures semi-circulaires - à ébrasement du dernier étage. Le point de vue que l’on a à partir des ruelles en soubassement de la cour centrale (Ill.8) permet d’apprécier l’élégance raffinée de cet ensemble.

 

          Le lycée Lakanal à Sceaux (1882-1885), architecte Anatole de Baudot

Une réussite de l’architecture scolaire

 

L’architecture des écoles primaires, celle des collèges et celle des lycées bénéficia à partir du Second Empire des développements de l’hygiène. Les constructions intégrant des considérations d’hygiène furent très nombreuses pendant la IIIe République. Il n’est pas possible de citer ici tous les édifices de référence parisiens. Y figurent, notamment, le célèbre collège Chaptal construit par Eugène Train (1866-1876), l’école primaire construite avenue Daumesnil par Eugène Cordier (1871-1874), l’école Monge (actuel lycée Carnot) construit par Henri Degeorge (1875-1877). L’exemple montré ici, le lycée Lakanal construit de 1882 à 1885, par Anatole de Baudot (1834-1915), n’est pas situé à Paris, mais dans la ville voisine de Sceaux. Pourtant, la raison d’être de ce projet, voulu par le Ministre de l’Instruction Publique Jules Ferry, a été d’œuvrer pour la santé des jeunes Parisiens, en créant un internat à la campagne où ils pourraient être accueillis, à proximité immédiate de la capitale.  

À l’époque, les édifices scolaires et universitaires anglais, construits dans de vastes campus verdoyants, au sein même des villes, étaient admirés en France. On montre ici un college du campus de Manchester (Ill.1). Le style gothique anglais employé dans ces constructions intégrait des qualités d’hygiène, grâce aux vastes ouvertures pratiquées qui permettaient l’arrivée de l’air et de la lumière dans les salles. La valeur de modèle de ces édifices anglais fut notée par la critique lorsque celle-ci salua le lycée Lakanal d’Anatole de Baudot, mais en même temps cette œuvre ne s’en inspirait que de très loin.

Construit pour pouvoir contenir 800 élèves internes et au besoin de nombreux externes, l’ensemble est construit sur l’emprise d’un vaste parc de 90 000 m, de forme approximativement triangulaire. Baudot y édifia des édifices séparés entre eux par des cours et des espaces verts : bâtiments d’administration, d’économat, salles de classes et dortoirs, chapelle, infirmerie. Des galeries couvertes permettent de circuler entre certains corps de bâtiment. Anatole de Baudot a construit cet ensemble avec une grande simplicité de moyens. Partisan de la polychromie des façades (voir A. de Baudot, « De l’emploi des matériaux polychromes dans la construction et la céramique en général », in Encyclopédie de l’Architecture, Paris, La Construction Moderne, 1884, p. 81-86), il a utilisé des briques de différentes couleurs (rose, rouge, rouge foncé, brun, blanc,…). L’ornementation, jamais artificielle, est obtenue par la polychromie et la texture des matériaux, par des motifs décoratifs en faïence ou en brique émaillée qui soulignent les lignes des constructions, par la disposition de fenêtres aux formes et aux tailles différentes, mais adaptées aux fonctions des espaces. Par exemple, les espaces de dortoirs bénéficient de fenêtres étroites mais multipliées, pour pouvoir placer un grand nombre de lits contre le mur, et aérer facilement.

Chaque bâtiment est différent, si bien que l’ensemble échappe à la monotonie. Le pavillon d’entrée à un étage (Ill.2) et le bâtiment de l’administration (Ill.3), en brique rose et en pierre, sont inspirés par la tradition de l’architecture classique française en brique, ce qui évoque sans doute l’aspect le plus régalien des missions du lycée. Les bâtiments dédiés à l’enseignement et aux dortoirs, et la galerie couverte (Ill.4, 5, 6,7, 8), montrent l’originalité du style d’Anatole de Baudot, qui n’est réductible à aucune influence. La conception aérée des édifices répartis dans un vaste espace vert de façon pittoresque, la nouveauté décorative apportée par une construction salubre et un appareil polychrome en briques, le fait que les bâtiments dédiés au service d’alimentation, aux cuisines, aux installations de chauffage soient nettement séparés des installations scolaires, et que l’ensemble soit relié aux réseaux modernes (eau et égouts), la mise au point d’un système de plomberie sanitaire remarquable au service des salles de lavabos nécessaires à l’hygiène du corps : tous ces éléments firent du lycée Lakanal une icône de l’hygiène en architecture.

 

 

2019  Fabiennechevallier