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MONUMENTS DE LA VIA PODIENSIS

 

 

 

La via Podiensis - appelée aussi voie du Puy - est l’une des quatre grandes voies proposées aux pèlerins par le manuscrit appelé Codex Calixtinus (vers 1140), établi à la gloire de Saint Jacques le Majeur, pour se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Cette galerie présente une sélection très restreinte de photographies des monuments implantés sur cette voie, entre la ville du Puy-en-Velay (Haute-Loire) et celle de Moissac (Tarn-et-Garonne). L’ordre des images suit l’itinéraire de la via Podiensis.

Tous ces monuments (la cathédrale du Puy-en-Velay et son cloître, ill. 1 à 4 ; Saint-Michel l’Aiguilhe, ill. 5 ; l’abbatiale Sainte-Foy de Conques, ill. 6 à 12), l’abbatiale Saint-Pierre de Moissac et son cloître, ill. 13 à 20) datent de l’époque médiévale. Leur histoire est liée à celle du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Dans les étapes importantes de son itinéraire (Le Puy-en-Velay, Conques, Moissac), l’afflux des pèlerins imposait de construire des édifices vastes et très structurés.

Ces édifices médiévaux furent maltraités pendant la Révolution, et certains souffrirent par la suite du vandalisme. Le cloître de Moissac (début du XIIe siècle), avec ses inestimables chapiteaux sculptés, avait ainsi été vendu à la municipalité après la Révolution, et une fabrique de salpêtre y avait été installée pendant les guerres révolutionnaires. La préservation de ce cloître et la remise en état des autres édifices majeurs de la via Podiensis, firent partie des préoccupations de la politique des monuments née sous la Monarchie de Juillet.

Si on peut toujours admirer aujourd’hui le cloître de Moissac, c’est parce qu’il fut l’objet d’une campagne de sauvetage orchestrée, au départ, par un intellectuel romantique et catholique qui admirait l’œuvre de Chateaubriand, Charles de Montalembert. Dans son essai « Du vandalisme en France. Lettre à M. Victor Hugo » paru dans la Revue des Deux Mondes en 1833, Montalembert dénonça les actes de vandalisme qui menaçaient le cloître; en effet, la municipalité envisageait de le détruire pour le transformer en un marché couvert, et avait commencé à en faire scier les colonnes. En 1833, Ludovic Vitet, premier inspecteur général des monuments historiques, effectua une tournée dans le sud-ouest et obtint un secours pour ce monument. Différentes vues du cloître, illustrées par Adrien Dauzats, furent publiées dans les volumes sur le Languedoc des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, publiés par Isidore Justin Taylor (1833-1837).

En 1837, lors de son voyage en Auvergne, le successeur de Vitet, Prosper Mérimée, visita la cathédrale du Puy-en-Velay et la chapelle Saint-Michel l’Aiguilhe, l’église de Perse (qui n’est pas montrée ici) et l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. Il parvint ensuite à empêcher que le projet de construction de la voie ferrée entre Bordeaux et Sète n’entraîne la perte irréparable du cloître de Moissac, mais l’ancien réfectoire des moines de l’abbaye fut détruit en raison de la réalisation de ce tracé. La chapelle Saint-Michel l’Aiguilhe, l’église abbatiale de Conques et le cloître de Moissac furent inscrits sur la liste des monuments qu’il établit en 1840. La cathédrale du Puy-en-Velay et l’église de Perse furent classées en 1862, pendant le Second Empire.          

La cathédrale du Puy-en-Velay (Ill.1 à 3) et son cloître (Ill.4), Saint-Michel l’Aiguilhe (Ill. 5)

Au Puy, il existait dès avant le Xe siècle, peut-être dès le IVe siècle, un culte de la Vierge. Les XIe-XIIIe siècles, période de la construction de la cathédrale du Puy-en-Velay, virent ensuite l’apogée du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. C’est en raison de l’importance de ces pèlerinages que le clergé du Puy affirma progressivement son rôle politique et diplomatique, traduit dans l’architecture du quartier canonial. Les évêques du Puy jouaient un rôle de maintien de l’ordre sur l’itinéraire du pèlerinage.

La cathédrale et son cloître sont construits au sein d’un très grand quartier canonial, qui comporte d’autres édifices dépendant du clergé (Hôtel-Dieu, baptistère Saint-Jean, palais de l’évêque, maisons et annexes). Une implantation gallo-romaine, dont des vestiges ont été remployés, puis des édifices chrétiens ont précédé la cathédrale actuelle. Les débuts de la construction de la cathédrale que l’on a aujourd’hui sous les yeux datent du Xe siècle. Elle fut agrandie aux XIe et XIIe siècles pour accueillir des pèlerins de plus en plus nombreux. Elle est édifiée sur la pente du mont Corneille, un énorme rocher basaltique, ce qui lui donne une situation spectaculaire de domination sur la ville du Puy et ses environs. Elle présente des particularités importantes qui ont entretenu le mystère sur les origines de sa construction. Parmi celles-ci, le fait que l’on accédait à la cathédrale après avoir traversé un porche creusé sous les deux premières travées de la nef, en gravissant un escalier qui débouchait dans celle-ci, au milieu de l’édifice. Un autre trait distinctif de cette cathédrale est sa façade polychrome, résultant de l’emploi de pierres de laves diversement colorées trouvées dans la région.

Lorsque Prosper Mérimée visita le Puy en mai 1837 (ce fut l’une des étapes de son voyage en Auvergne), il fut moins sensible à la qualité de l’architecture qu’à l’aspect pittoresque du site et à son implantation dans un environnement naturel volcanique : «  [les] maisons, comme une suite de gradins, couvrent la pente fort raide d’une montagne couronnée par d’énormes masses de déjections volcaniques ». Mérimée visita aussi la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe, construite au sommet d’un rocher d’origine volcanique (à 82 m de hauteur), qui offre un panorama unique sur les communes d’Aiguilhe et du Puy-en-Velay. La cathédrale du Puy-en-Velay et son cloître ont connu d’importants remaniements au XIXe siècle, en raison des campagnes de restauration menées pour sauver l’édifice par trois architectes successifs de 1842 à 1889 (Aymond Mallay, Henri Janniard, Max Mimey). Pour préserver la façade polychrome qui menaçait ruine, Aymond Mallay l’a fait démonter et remonter pierre par pierre, avec les matériaux d’origine, en 1846-1848.

Comme on l’a indiqué plus haut, un culte marial existait au Puy dès le IVe siècle. Une statue de culte, la Vierge noire du Puy, qui se trouvait dans la cathédrale, et dont la provenance reste à éclaircir, fut brûlée pendant la Révolution.

Église abbatiale Sainte-Foy de Conques (Ill.6 à 12)

            La construction de l’église Sainte-Foy que l’on a actuellement sous les yeux, sur l’emplacement d’une basilique du Xe siècle, remonte au XIe siècle et se poursuivit pendant le XIIe siècle. Le plan de l’édifice, parfaitement maîtrisé par les prélats de cette abbaye bénédictine, traduisait sa double fonction : recevoir la foule des pèlerins, d’une part, et aussi, permettre à la communauté des moines de se réunir pour les célébrations liturgiques. L’abbatiale Sainte-Foy fut un modèle pour les grandes églises de pèlerinage (Saint-Jacques de Compostelle, Saint-Sernin à Toulouse, Saint-Martin de Tours). Des dispositions spatiales très bien étudiées facilitaient la circulation des pèlerins : la nef bordée de collatéraux, et un déambulatoire ouvrant sur trois chapelles rayonnantes. Les contraintes du terrain contribuent à expliquer les proportions originales des différentes parties de l’édifice : la nef est anormalement courte (20,70 m) par rapport à la longueur totale de l’abbatiale (56 m) ; le transept a une grande ampleur (35 m). Ce qui frappe immédiatement le visiteur est l’élévation exceptionnelle de l’édifice (22,10 m sous les voûtes de la nef, 26,40 m sous le tambour octogonal de la coupole gothique reconstruite au XVe siècle).

L’abbatiale présente une riche ornementation sculptée (une centaine de chapiteaux décoratifs). Son portail occidental présente un tympan du Jugement Dernier. Le Christ en majesté, nimbé et entouré d’une mandorle se trouve au centre de la composition. Il bénit les élus, le bras droit levé, et montre l’enfer aux pécheurs par sa main gauche abaissée. Dans la partie gauche du tympan, des personnages fondateurs de l’abbaye de Conques figurent dans le cortège des élus. La jeune sainte Foy, sur la pente gauche du toit de l’édifice à arcatures qui représente la Jérusalem céleste, se prosterne devant la main de Dieu. Sur la partie droite du tympan, sont représentés les péchés capitaux et l’Enfer. Pas moins de 124 personnages se déploient, sur trois registres, dans cette composition qui présente des traces de polychromie. Les autres parties du portail ne sont pas décorées.

            L’église de Conques était en état d’abandon au lendemain de la Révolution. Une grande partie du cloître (construit par l’abbé Bégon, fin XIe - début XIIe siècle) avait été détruite, et ses matériaux avaient servi de carrière de pierre aux habitants. Mérimée consacra de longues pages à Sainte-Foy lors de la visite qu’il y fit (les 30 juin et 1er juillet 1837) pendant son voyage en Auvergne, écrivant qu’ « il n’était nullement préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert ». Il eut l’intuition que l’abbatiale de Conques « [méritait] d’être étudiée comme un type », admira les voûtes en berceau qui étaient en bon état de conservation, et décrivit longuement le tympan du Jugement Dernier, en estimant que, « bien que le travail en soit barbare, on distingue, dans sa composition, plus d’art, et je dirai plus de sentiment qu’on n’en attendrait d’une époque grossière ». Mérimée obtint des secours d’urgence pour faire face aux travaux nécessaires pour réparer la toiture et reprendre le soubassement des murs, côté nord. Six baies géminées, subsistant du cloître, purent être préservées.

            L’abbatiale Saint-Foy de Conques fut portée sur la première liste des monuments historiques, en 1840. En 1873, une communauté de Prémontrés fut installée à Conques. La même année, l’architecte Jean-Camille Formigé fut chargé du projet de restauration. C’est à lui que l’édifice doit ses deux tours surélevées. En 1883, il fit déposer le tympan, qui fut remonté en 1886.    

L’abbatiale Saint-Pierre de Moissac : la nef gothique (Ill.13), le portail sud (Ill. 14 à 18) et le cloître (Ill. 19 et 20)

La présence d’un couvent Saint-Pierre à Moissac est attestée à partir de l’époque carolingienne. En 1054, son affiliation à l’abbaye bourguignonne de Cluny marqua un tournant dans la vie du monastère et fut à l’origine de la création d’un des plus grands centres de l’art roman. L’ancienne église carolingienne fut reconstruite une première fois (elle fut consacrée en 1063), et une deuxième fois à la fin du XIIe siècle, avant d’être remaniée au XVe siècle. Le cloître roman a été édifié vers 1100, sous la direction d’Ansquitil, troisième abbé depuis le rattachement de l’abbaye à Cluny. L’exceptionnel portail sud de l’abbaye a été sculpté peu après la construction du cloître.

L’architecture intérieure de l’église a été profondément remaniée au XVe siècle. Elle présente une nef à vaisseau unique, caractéristique du style gothique languedocien. L’église renferme des objets exceptionnels d’art religieux, et notamment une Vierge de pitié en pierre polychrome du XVe siècle ainsi qu’une mise au tombeau en bois polychrome, elle aussi du XVe siècle.  

Le portail sud de l’église abbatiale présente un tympan sculpté remarquable. Son iconographie est tirée directement d’une des visions de l’Apocalypse selon Saint Jean, celle du second retour du Christ (chapitre 4). Celui-ci trône en majesté au centre du tympan, entouré de deux anges aux silhouettes longilignes et des symboles des quatre évangélistes (le tétramorphe), tous représentés avec des ailes et tenant leur évangile : l’aigle pour Jean, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’homme pour Mathieu. Sur trois registres, 24 vieillards (les Anciens) tournent leur regard vers le Christ. Les sculptures des piédroits du portail stigmatisent le luxe et l’avarice (piédroit occidental), et évoquent des scènes de la Nativité et de l’enfance de Jésus de l’autre côté (piédroit oriental). Le moulage en grandeur nature de ce tympan fut installé dans la salle de sculptures du XIIe siècle, au musée de sculpture comparée, ouvert en 1882 à Paris sur le projet d’Eugène Viollet-le-Duc.

L’architecture du cloître, initialement construit au début du XIIe siècle, fut reprise au XIIIe siècle avec les arcs brisés que l’on voit actuellement. Les chapiteaux et les piliers quadrangulaires datent du premier cloître construit vers 1100. L’espace est rythmé par l’alternance de colonnettes en marbre, tantôt simples, tantôt jumelées. Sur les piliers d’angle quadrangulaires revêtus de marbre sont sculptées, avec des reliefs peu accusés, de grandes figures en pied qui représentent, deux à deux à chaque angle, huit des douze apôtres. Ces personnages sont ainsi incorporés dans l’architecture, ce qui symbolise leur rôle spirituel de colonnes de l’Église. Sur les 76 chapiteaux qui ornent le cloître, environ 50 commentent des épisodes de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) ou des récits de vies de saints, comme par exemple le chapiteau qui représente des scènes de la vie du légionnaire romain Martin, qui se convertit au christianisme après avoir partagé son manteau avec un pauvre. Les autres chapiteaux présentent des motifs floraux ou ornementaux.

2019  Fabiennechevallier